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C’était la toute dernière fois #lesmotsiceberg

Publié sur 1 Commentaire 5 min. de lecture

Il y a encore deux ans, ne plus avoir d’enfant était pour moi une idée très douloureuse. Je vous l’ai déjà confié par ici, être enceinte et allaiter sont les choses les plus exaltantes que j’ai pu faire dans ma vie. Alors que Juliette n’avait qu’un an et demi, je me revois marcher vers l’hôpital (pour toute autre chose qu’une grossesse) où j’ai accouché à deux reprises et ressentir tous ces souvenirs d’accouchement monter en moi comme une bouffée d’adrénaline très forte !  Lorsque d’autres se droguent pour ressentir cela, moi, ce sont les hormones de grossesse qui m’euphorisent. Je ne connais pas de plus belles sensations, au plus profond de soi, que de savoir qu’on crée la vie et qu’on fabrique des petits pieds, de sentir ces petits petons bouger sous son nombril. Je ne connais pas plus gratifiant que de regarder son bébé repu après une bonne tétée. Sauf que ma raison a toujours su, après la naissance de Juliette, que c’était la toute dernière fois. J’ai mis du temps à aligner mon cœur à cette idée… Voilà pourquoi il est si déplacé de demander à une femme (ou un couple) quel que soit votre lien avec elle : à quand le bébé ? À quand le second ? À quand le 3ème ? (mais là n’est pas le sujet aujourd’hui). 

Les enfants ont tendance à croire que le premier enfant occupe la place privilégiée, celle de premier, justement, comme s’il y avait un classement. Mes enfants ont chacun leur place privilégiée et particulière. Mon fils est mon tout premier et me bouleverse de premières fois. Il a fait de moi une Maman, et chaque jour, je m’époustoufle de ses capacités et de quoi il me rend capable moi-même. Avec lui, je découvre la (ma) maternité… Ma fille m’offre les dernières fois et ça me chamboule d’émotions tout autant ! Quand bien même j’aurais un troisième enfant, elle serait un trait d’union magnifique entre l’aîné et le dernier… Il n’y a jamais de problème de place dans le cœur d’un parent, l’amour s’y multiplie. D’ailleurs, la rencontre entre mes deux enfants est pour moi un souvenir tout aussi magique et intense en émotions que leurs naissances respectives. Chaque jour, je trouve magnifique de regarder grandir une fratrie.

Insatiablement, après le sevrage de Juliette, j’étais affectée par l’idée de ne plus jamais porter la vie. J’étais consciente que matériellement, logistiquement, financièrement (trouvez autant d’adverbes raisonnables que vous voulez), avoir un troisième enfant était hors de portée. La nostalgie de la grossesse, d’avoir un nourrisson, ça m’a rongée par moments. C’était un crève-cœur de mettre les mots « dernière fois » sur plein d’actions… Puis, j’ai mis en pause ma réflexion sur l’hypothèse d’un troisième enfant et j’imagine que le temps a fait son chemin. Je crois que le sevrage de Juliette m’a aidée à accepter les dernières fois, l’achèvement des choses, puis le non-retour.

La dernière gigoteuse, le dernier petit pot, le dernier biberon, le dernier lit à barreaux, la dernière couche, le dernier jour de crèche, le dernier premier jour de maternelle…. Les dernières fois, les dernières premières fois, cela s’alterne au fur et à mesure que les enfants grandissent et dans le train-train quotidien, on aimerait arrêter la course pour prendre le temps de les apprécier à leur juste valeur. Au départ, comme la dernière tétée, ça me faisais flipper. Je crois que par-dessus tout, il est difficile d’admettre qu’on vieillit, qu’on passe de l’autre côté de la barrière ! Je ne suis plus la petite jeune du clan susceptible d’annoncer une grossesse à tout moment. J’ai laissé la place de la « petite jeune » aux autres jeunes femmes et nous sommes désormais parmi ces parents qui jonglent entre les allers-retours à l’école, les cours de natation, les tarifs de voyage scolaire… Scratch! Comme on retire un pansement bien vite pour éviter une douleur trop longue, j’ai mis de nombreux objets premier âge à vendre sur Vinted, démonstration du temps qui passe. Les objets symboliques restent dans les boîtes à souvenirs… Vient un jour où toutes ces ventes, toutes ces décisions où on murmure à voix basse « c’était la toute dernière fois », nous font un pincement au cœur, sans nous accabler d’une douleur au ventre insurmontable. Je pense pouvoir dire que la course à pieds en routine m’a aidée à passer à autre chose... Évidemment, l’adrénaline pendant et après un run est bien différente de celle lorsqu’on donne la vie ! J’ai tout de même pu découvrir que mon corps avait d’autres capacités, d’autres super-pouvoirs en quelque sorte. Il est confortable aussi d’avoir son corps pour soi-seule, de l’utiliser pour soi, rien que pour soi. 

Deuil (nom masculin) : 
1. Perte, décès d’un parent, d’un ami.
2. Douleur, affliction éprouvée à la suite du décès de quelqu’un, état de celui qui l’éprouve.
3. Processus psychique mis en œuvre par le sujet à la perte d’un objet d’amour externe.

Beaucoup utilisent l’expression « faire le deuil d’une nouvelle grossesse »… Je n’aime pas cette expression qui m’inspire tant de négatif après avoir vécu le deuil suite au décès de mon père par exemple. Je dirais plutôt qu’un jour, on tourne une page. On se souvient de l’histoire mais on est prête à accueillir la nouvelle avec les futures toutes premières fois sur de nouvelles pages… J’ai adoré la période de la toute petite enfance, leurs gazouillis, leurs premiers pas hasardeux, leurs premiers mots et leur extrême dépendance à leurs parents. Je savoure les premières fois actuelles avec une exaltation différente mais toute aussi émouvante : les premières phrases lues par mon grand, son premier diplôme de natation, ses premiers spectacles, son premier goûter d’anniversaire… On se tourne peu à peu vers une autre maternité, une autre parentalité et on savoure les dernières petites danses de l’enfance avec les mots écorchés, les mains dans les assiettes, l’enfant qui vient te rejoindre dans ton lit au milieu de la nuit… Bien sûr, ça aide d’être sur cette même longueur d’onde au sein du couple et je compatis lorsqu’il peut y avoir désaccord. Rien n’est jamais figé mais aujourd’hui, je suis heureuse et consciente d’avoir une maison remplie d’amour mais aussi d’une grande responsabilité qu’est celle d’élever et d’éduquer ces deux trésors. Avant qu’ils me claquent au nez leur porte de chambre d’adolescents, j’essaie de profiter un maximum de la chaleur d’un bisou dans leur cou… 

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1 Commentaire
  • Eloïse Cognat
    novembre 24, 2021

    Que tes mots raisonnent en moi ! Malgré toute la difficulté d’élever des enfants, malgré la fatigue et l’angoisse de mal faire, malgré le corps rompu le soir au moment de se coucher (pour combien de temps, on en sait rien et c’est peut être ça le plus dur!) c’est sans conteste la plus belle aventure que celle d’être parents !
    2 garçons dont le dernier a 8 mois, et je pleure déjà car je sais que notre 3e enfant sera le dernier alors qu’il n’est pas encore question de le concevoir!
    Je crois qu’aimer porter la vie et l’accompagner, l’étayer, c’est simplement aimer l’Amour, le plus fort, le plus puissance, le transcendant !